A la rencontre de Sophie Soumaré, survivante de l’excision, militante contre les mutilations génitales féminines en France et au Mali

Mardi, Février 6, 2018 - 15:00

Sophie Togo est née à Pel, « un village du pays Dogon de la Région de Mopti du Soudan français, devenu le Mali », il y a 64 ans. « Mes parents m’ont nommé Yanaï qui veut dire quatrième fille en dogon. Mon grand-père m’a donné pour prénom Sôdiougô qui signifie « le savoir » ou « la connaissance ». Sophie est mon prénom de baptême. »

 

De son grand-père, tirailleur sénégalais pendant la Seconde Guerre mondiale, Sophie raconte qu’il mettait son uniforme décoré de plusieurs médailles à chaque occasion. « Il ne savait ni lire ni écrire mais était riche de connaissances. » C’est ce grand-père tant admiré qui permet à Sophie, 14 ans, de finalement être scolarisée auprès de la Mission Catholique de Pel. « Convaincue de ma motivation, la Soeur supérieure m’a inscrite directement en CM2. »

 

Et c’est au Collège, qu’elle intègre l’année suivante à Bandiagara (d’oύ elle rentrait, à pied, à chaque vacances scolaires - une journée et demie de marche), qu’elle découvre que l’excision n’est pas pratiqué par tout le monde. L’indignation de celle qui, à huit ans, fut excisée « comme toutes les filles de [son] village » est totale. Elle décide de créer clandestinement un groupe de dix collégiennes, qui concluent « un pacte secret : celui de ne jamais faire exciser nos filles. »

 

Celle qui rêve de devenir aide-soignante mais ne peut faute de moyens part pour la France en tant que jeune fille au pair et poursuit une formation de secrétariat. Là elle fait la connaissance de M. Soumaré. Sénégalais de confession musulmane, il est persuadé que l’excision est imposée par le Coran. « Pour le convaincre, je lui ai offert comme cadeau un Coran traduit en Français, afin de lui montrer qu’il se tromper. » Lorsqu’il demande à Sophie de l’épouser, la réponse est sans appel : « oui mais sous deux conditions :

1 - Pas de polygamie

2 - Nos filles ne seront pas excisées. »

 

Sophie a gagné : ses deux filles ne seront pas excisées. Elle a non seulement convaincu celui qui est devenu son mari, « mais il est devenu [son] allié dans le combat contre l’excision auprès de ses compatriotes masculins. » Sophie œuvre sans relâche auprès des communautés d’origine africaine à Reims où elle vit pour « informer et sensibiliser mes sœurs africaines pour la prévention de l’excision. »  Engagée comme bénévole au centre social de son quartier de la Croix Rouge, elle intègre rapidement en 1982 l’association nouvellement créée du GAMS, Groupe pour l’Abolition des Mutilations Sexuelles et autres pratiques traditionnelles néfastes à la santé des femmes et des enfants, qui lutte pour l’éradication non seulement de l’excision, mais aussi des mariages forcés et/ou précoces, des tabous nutritionnels, etc.

 

Sophie se bat à Reims, mais aussi dans son pays d’origine. « Pendant mes vacances au Mali dans mon village natal, j’ai organisé une réunion d’information et de sensibilisation sur l’excision. » Elle devient la marraine de Nyenmognoula, une association basée en pays dogon qui a pour objectif de lutter contre la pauvreté et la malnutrition, contre toutes formes de violences faites aux femmes et pour la scolarisation et l’alphabétisation des filles.

 

C’est finalement en 2004 que Sophie Soumaré réalise un de ses rêves et est reçue au concours d’entrée de l’école d’aide-soignante. Celle qui, « à [sa] grande surprise », a été décorée de l’Ordre national du Mérite, lutte toujours « qu’un jour, [son] rêve d’éradique l’excision devienne une réalité. »

Location: 
France
Le GPF dans le monde: 
Europe
Initiatives: 
EU feminist external agenda